Projet Les 7 paroles du Christ en Croix de Haydn

 

Né en 1977, Martin Steffens enseigne en khâgne. Conférencier, auteur d’articles et d’études autour de Nietzsche (Ellipses, 2008) ou Simone Weil (Gallimard, 2007 ; Nouvelle Cité, 2009 ; Cahier de ’Herne, 2014), il a écrit plusieurs essais amplement remarqués, notamment : Petit traité de la joie (Salvator, 2001, Prix Humanisme Chrétien), La Vie en bleu (Marabout, 2014), Qui nous fera voir le bonheur ? (avec Chr. André, Le Passeur, 2014).

Que ce soit le fer qu’on croise ou une lointaine connaissance, toute croix est de rencontre. Celle du Christ croise les axes vertical et horizontal : rencontre du Ciel et de la Terre, de Dieu avec l’homme. Mais aussi, plus tragiquement : rencontre du Verbe fait chair et du silence de la mort. Sur la Croix, la Parole, dont on dit qu’elle façonna le monde, n’est plus qu’un cri – une parole coupée, un son inarticulé. A la fois parole tenue : le chrétien voit dans la Croix l’ultime révélation de l’amour de Dieu pour l’homme. Et parole suspendue : le juste souffrant, d’où qu’il vienne, à quelque temps qu’il appartienne, interdit toutefois qu’on se paie de mots.

Les sept dernières paroles du Christ en Croix ne sont paroles qu’au prix d’un grand silence, d’une grande retenue.

Ce silence, qui le donnera à entendre ? Une musique ? Une méditation ? L’espace que l’une et l’autre libèrent ?

C’est en vue d’une telle rencontre que Joseph Haydn composa Les Sept dernières paroles du Christ en Croix : il souhaita que des plages de méditation alternent avec celles musicales. « Après un Prélude de circonstance, raconte-t-il, l’évêque montait en chaire, prononçait l’une des Sept Paroles et la faisait  suivre d’un commentaire. Celui-ci terminé, il descendait de chaire et allait se prosterner devant l’autel. La pause était occupée par la musique. L’évêque remontait ensuite en chaire pour chacune des Paroles suivantes et, à chaque fois l’orchestre intervenait dès la fin du sermon. » On se souviendra peut-être que Michel Serres, il y a près de dix ans, s'était prêté au jeu, avec le Quatuor Ysaÿe.

C’est enfin grâce à une heureuse rencontre que naquit le désir de vous proposer une interprétation inédite de cette oeuvre : d’un côté le Quatuor Girard, quatre frères et soeurs remarqués par la critique, soutenus par le Quatuor Ysaÿe et primés depuis par de nombreux jurys ; de l’autre Martin Steffens, professeur en khâgne, conférencier, auteur d’essais sur le consentement de chacun à la vie.

D’ordinaire, on se rencontre autour de quelque chose, une table, ou une thématique. Pour ces jeunes gens, ce fut autour de la passion du beau, sans doute parce que la beauté est la forme de notre désir quand, sans rien renier de sa prétention à être comblé, il s’ouvre toutefois au tragique de notre condition humaine.

On retrouve là les thèmes, à la fois intimes et universels, déployés par l’oeuvre de Haydn. Si nous venons à votre rencontre, c’est que nous pensons que Les Sept dernières paroles du Christ en Croix donne à entendre à tous que nos temps de crise, ou de croix, sont aussi, et peut-être d’abord, des temps de rencontre.

Ce serait une grande joie si vos chemins et les nôtres pouvaient ainsi se croiser.